Dans un hôpital, une coupure de courant n’est jamais un simple incident technique. Une femme qui doit subir une césarienne ne peut pas attendre que l’électricité revienne. Une analyse urgente ne peut pas être interrompue sans conséquence. Certains médicaments, comme l’insuline, doivent être conservés à une température contrôlée pour préserver leur efficacité. Pourtant, dans plusieurs établissements de santé en Haïti, nos équipes doivent encore composer quotidiennement avec cette incertitude.
L’électricité doit donc être considérée pour ce qu’elle représente réellement dans un établissement de santé : une condition essentielle au fonctionnement et à la continuité des soins. Un respirateur, un équipement de laboratoire ou un système de réfrigération n’est utile que si nous pouvons garantir son alimentation au moment où le patient en a besoin.
En Haïti, cette question est étroitement liée à notre dépendance aux génératrices. Leur fonctionnement suppose un approvisionnement régulier en carburant, son transport jusqu’aux établissements et des routes accessibles. Lorsque l’un de ces éléments est perturbé, comme nous l’avons malheureusement vécu à plusieurs reprises, les conséquences peuvent rapidement atteindre les services cliniques et notre capacité à assurer la continuité des soins.
Réduire cette dépendance fait partie des priorités de Zanmi Lasante pour l’exercice fiscal 2026-2027. Le développement de systèmes solaires ne consiste pas simplement à installer des panneaux sur nos bâtiments. Il s’agit avant tout de mieux sécuriser l’énergie nécessaire aux soins, tout en réduisant progressivement une partie des coûts importants associés à l’utilisation des génératrices.
L’expérience de l’Hôpital Universitaire de Mirebalais nous donne déjà une indication concrète de ce qui est possible. Dans des conditions réelles d’exploitation, son système solaire a permis de réduire d’environ 60 % la consommation de carburant des génératrices. À l’échelle d’un réseau hospitalier comme celui de Zanmi Lasante, cette différence devient rapidement significative.
Aujourd’hui, certaines de nos génératrices fonctionnent pratiquement 24 heures sur 24. Dans plusieurs autres établissements, elles tournent au moins 14 heures par jour. À la consommation importante de carburant s’ajoutent l’entretien, les réparations et le remplacement plus fréquent de certaines composantes. Pour le seul exercice fiscal 2025-2026, Zanmi Lasante a consacré plus de 207 000 dollars américains aux kits de maintenance des génératrices.
Ces chiffres doivent orienter nos décisions. L’énergie ne peut plus être considérée uniquement comme une dépense opérationnelle que nous devons absorber d’année en année. Nous devons également l’aborder comme une question d’investissement, de résilience et de planification à long terme.
Cela suppose de répondre à des questions très concrètes. Quel est le coût énergétique réel de chaque établissement ? Quels services devons-nous protéger en priorité ? Quelle capacité solaire et de stockage correspond réellement aux besoins de chaque site ? Quel niveau d’économie pouvons-nous atteindre sur plusieurs années ? Et comment intégrer, dès le départ, l’entretien des installations ainsi que le remplacement futur des batteries ?
La réponse ne sera évidemment pas identique partout. Un hôpital qui dispose d’un bloc opératoire, d’un laboratoire et de services fonctionnant jour et nuit n’a pas les mêmes besoins qu’un centre de santé plus petit. Chaque investissement devra donc partir des besoins cliniques, de la consommation réelle du site et des équipements qui doivent rester fonctionnels en permanence.
Cette approche exige des investissements initiaux importants et une planification technique rigoureuse. Mais elle peut nous permettre de réduire progressivement les dépenses récurrentes liées au carburant et à l’usure des génératrices, tout en améliorant la stabilité et la fiabilité de l’alimentation électrique de nos établissements.
Pour Zanmi Lasante, il s’agit aussi d’une question de bonne gestion de nos ressources. Les ressources disponibles pour la santé en Haïti sont limitées et les besoins restent considérables. Nous devons donc privilégier, lorsque cela est possible, des investissements capables d’améliorer directement les conditions de soins tout en réduisant certaines dépenses à long terme.
L’énergie solaire ne répondra certainement pas à toutes les difficultés auxquelles nos établissements sont confrontés. Mais elle représente un domaine dans lequel nous pouvons agir de manière concrète sur une dépendance coûteuse qui affecte directement notre capacité à fournir des soins de qualité et de manière continue.
La question n’est donc plus seulement de savoir si nous devons investir dans le solaire. Elle est maintenant de déterminer comment le faire de manière méthodique, site par site, en commençant là où l’impact clinique et financier sera le plus important.
C’est le travail que nous devons maintenant poursuivre, avec rigueur et dans une perspective de long terme.
Wesler Lambert, MD MPH
Directeur Exécutif de Zanmi Lasante