Odette Joseph vit à Bourdet dans le département du Sud. Depuis plus de cinq ans, elle vit avec les conséquences d’un cancer du sein pour lequel elle a été opérée. Après son intervention, elle a été placée sous hormonothérapie et suivait régulièrement ses rendez-vous au service d’oncologie de l’Hôpital Universitaire de Mirebalais.
Avant la fermeture temporaire d’HUM, Mme Joseph faisait partie des patientes qui parcouraient de longues distances pour recevoir des soins spécialisés. Son lieu de résidence se trouve loin de Mirebalais, mais elle avait maintenu son suivi avec régularité. Pour une patiente vivant avec un antécédent de cancer du sein, cette continuité compte. Les consultations permettent d’évaluer l’état clinique, de renouveler les médicaments, de planifier les examens nécessaires et de repérer à temps les signes qui exigent une attention médicale.
Cette routine de soins a été rompue après le 31 mars 2025, lorsque la dégradation de la situation sécuritaire à Mirebalais a entraîné l’arrêt des activités, puis la fermeture temporaire d’HUM. Les difficultés avaient commencé avant cette fermeture, avec le blocage progressif des routes. Pour Mme Joseph, rejoindre Mirebalais est devenu de plus en plus difficile, puis impossible.
Sa situation montre l’une des conséquences les plus lourdes de la fermeture d’HUM pour les patients vivant loin de Mirebalais. Lorsqu’un hôpital de référence cesse de fonctionner, les patients qui en dépendent perdent un point d’accès central à des soins spécialisés. Les personnes atteintes de maladies chroniques ou nécessitant un suivi régulier sont particulièrement exposées. Elles peuvent se retrouver sans médicaments, sans bilan de suivi, sans rendez-vous de contrôle et sans structure proche capable de répondre à leurs besoins.
Dans le Grand Sud, les possibilités de prise en charge spécialisée en oncologie restent très limitées, en particulier pour les femmes vivant avec un cancer du sein. Mme Joseph a essayé de se débrouiller. Elle a cherché à acheter les médicaments qu’elle recevait auparavant à HUM. Ces médicaments étaient difficiles à trouver. Leur coût dépassait aussi ses moyens. Cette réalité a placé Mme Joseph dans une situation où sa volonté de continuer son traitement ne suffisait plus. L’accès aux soins dépendait de la disponibilité des médicaments, du coût, des routes, de la sécurité et de l’existence d’une structure capable d’assurer son suivi.
Sa situation a fini par être portée à l’attention de responsables de Zanmi Lasante. Depuis la fin du mois de janvier 2026, des échanges ont eu lieu entre la Direction Exécutive d’HUM et la coordination clinique de Zanmi Lasante afin d’identifier une réponse réaliste à une question concrète : comment assurer le suivi d’une patiente vivant loin de Mirebalais, avec des besoins médicaux continus, dans un contexte où le déplacement vers l’HUM n’était plus possible ?
La réponse a pris la forme d’une tournée médicale dans le Sud, réalisée du 2 au 7 juin 2026, entre Les Cayes et Torbeck. Cette mission visait à aller vers Mme Joseph et vers d’autres patients confrontés à de grandes difficultés d’accès aux soins. Elle s’inscrit dans un effort plus large pour maintenir la prise en charge des patients lorsque les structures habituelles deviennent inaccessibles.
Le vendredi 5 juin 2026, Mme Joseph a été reçue au Centre de Santé de Fond-Fred, dans la commune des Cayes. Elle y a bénéficié d’un paquet de soins intégrés. L’équipe a réalisé une évaluation médicale spécialisée, fourni six mois de médicaments, établi un plan de bilan paraclinique de suivi, programmé un rendez-vous à l’Hôpital Communautaire de Référence de Port-Salut et défini un mécanisme pour le renouvellement régulier de ses principaux médicaments de fond.
Pour Mme Joseph, cette prise en charge a permis de reprendre un suivi interrompu pendant plusieurs mois. Elle a aussi ouvert une voie de continuité plus proche de son lieu de résidence, avec un plan médical clair et un point de suivi identifié. Pour les équipes de Zanmi Lasante, cette intervention rappelle qu’une réponse médicale efficace dépend souvent d’une coordination précise entre les responsables cliniques, les sites de soins, les équipes opérationnelles et les personnes qui connaissent la situation des patients sur le terrain.
La fermeture temporaire d’HUM continue d’avoir des répercussions sur des patients qui vivent bien au-delà de Mirebalais. Certains venaient du Centre, de l’Artibonite ou d’autres départements pour recevoir des soins spécialisés. Leur distance géographique aggrave les effets de la crise. Les routes bloquées, l’insécurité, la rareté des services spécialisés et les difficultés économiques transforment un rendez-vous médical en obstacle majeur.
La tournée réalisée dans le Sud montre comment les soins peuvent être rapprochés des patients lorsque les circonstances les empêchent de rejoindre une structure de référence. Elle rappelle aussi que la continuité des soins repose sur des décisions pratiques : identifier les patients les plus à risque, comprendre leurs contraintes, organiser la présence d’équipes qualifiées, fournir les médicaments nécessaires et planifier le suivi.
Mme Joseph reste engagée dans son parcours de soins. Sa prise en charge à Fond-Fred montre ce qui devient possible lorsque les équipes adaptent leur réponse aux besoins réels des patients. Dans un contexte où les crises interrompent les services, cette capacité d’aller vers les patients devient essentielle pour protéger leur santé et leur dignité.
La fermeture temporaire d’HUM continue d’affecter des patients qui vivaient déjà loin des soins spécialisés. Mme Joseph fait partie de ces personnes pour qui un rendez-vous médical demande du temps, des ressources, des routes accessibles et une structure capable de répondre à des besoins complexes. Pour soutenir ce travail, vous pouvez faire un don ici