Deux enfants, deux parcours J9, une famille mieux préparée

À travers le parcours de Rodrique Paultimé et Florene Dorsainvil, le programme J9 montre comment le suivi maternel et infantile peut transformer les pratiques familiales.

17 juin 2026

Rodrique travaille dans l’agriculture. Ingénieur agronome de formation, il enseigne aussi. Sa femme, Florene, est jardinière de profession et exerce aujourd’hui une activité commerciale. Ensemble, ils élèvent deux enfants : Rodjine-Flore leur fille de cinq ans, et Florventz, leur fils de quinze mois.

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Leur histoire avec le programme J9 de Zanmi Lasante a commencé à l’Hôpital Universitaire de Mirebalais, pendant la grossesse de leur premier enfant. Une infirmière leur a parlé du programme, leur a expliqué les services disponibles et les a encouragés à intégrer le suivi dès le début de la grossesse. Pour Florene, cette première expérience a installé une relation de confiance avec les équipes. Elle a découvert un espace où les femmes enceintes recevaient des soins, mais aussi des informations pratiques sur la nutrition, les soins au bébé, les comportements à adopter après l’accouchement et les étapes importantes du développement de l’enfant.

Rodjine-Flore a été suivie à Mirebalais jusqu’à sa graduation du programme. Rodrique se souvient de ce premier parcours comme d’un apprentissage. Son rôle, dit-il, était de soutenir sa femme pendant la grossesse et après la naissance. Il appliquait les conseils donnés par les infirmières, surtout ceux liés à la nutrition, aux soins de l’enfant et au suivi médical. Cette présence ne reposait pas sur de grands discours. Elle se voyait dans les rendez-vous respectés, les recommandations appliquées à la maison et l’attention portée au développement de leur fille.

Lorsque Florene est tombée enceinte de leur deuxième enfant, l’expérience acquise avec Rodjine-Flore a compté. La famille connaissait déjà le fonctionnement de J9. Rodrique comprenait mieux l’importance des visites, des conseils reçus et du rôle qu’un père peut jouer dans le parcours de santé de sa famille. Florventz a été suivi à l’Hôpital Bon Sauveur de Cange, dans un contexte beaucoup plus difficile.

Cette deuxième grossesse a été marquée par une crise d’éclampsie. Elle s’est aussi déroulée au moment où l’attaque des groupes armés à Mirebalais, le 31 mars 2025, a bouleversé les conditions de vie et l’accès aux services de santé pour de nombreuses familles. Malgré cette période instable, Florene a continué à recevoir l’appui du programme J9. Pour elle, cet accompagnement a aidé la famille à traverser une grossesse à risque et à poursuivre le suivi de Florventz après sa naissance.

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Zanmi Lasante a lancé le programme J9 en mars 2018 à l’Hôpital Universitaire de Mirebalais pour contribuer à réduire la morbidité et la mortalité maternelle et infantile. Le programme repose sur quatre piliers : les soins prénatals en groupe, les soins pédiatriques en groupe, les services psychosociaux et les soins communautaires. Il vise à réduire le temps d’attente, renforcer l’adhérence aux consultations, augmenter les accouchements institutionnels et améliorer le suivi des enfants après la naissance.

Depuis son lancement, J9 a intégré environ 8 625 femmes enceintes et assuré le suivi pédiatrique de 7 094 nourrissons. Dix-sept cohortes ont déjà gradué à Mirebalais, Hinche et Cange. Le programme affiche un taux de rétention de 85 %, avec 86,85 % d’adhérence aux visites prénatales, 81,95 % aux visites postnatales, 78,4 % aux visites pédiatriques et 92 % d’accouchements institutionnels.

Ces chiffres prennent du sens dans une famille comme celle de Rodrique et Florene. Une consultation prénatale respectée peut permettre de repérer un risque plus tôt. Une visite postnatale peut aider une mère à mieux comprendre l’état de son bébé. Un suivi pédiatrique régulier peut contribuer à surveiller la croissance, la vaccination, l’allaitement et les signes qui exigent une attention rapide. Quand les deux parents comprennent ces informations, les décisions de santé deviennent plus partagées.

Florene dit que J9 l’a beaucoup aidée pendant ses grossesses et après la naissance de ses enfants. Elle a participé à des séances de formation sur la nutrition, les soins au bébé et les pratiques qui favorisent une croissance saine. Après l’accouchement, les personnels soignants l’ont aussi conseillée sur les comportements à adopter pour prendre soin d’elle-même et de ses enfants. Ce soutien lui a donné plus de confiance dans sa capacité à protéger leur santé.

Le programme ne s’arrête pas à l’hôpital. Les visites à domicile permettent aux équipes de mieux comprendre les conditions dans lesquelles vivent les mères et les enfants. Les agents de santé communautaires font le lien entre les familles, l’équipe J9 et les institutions de santé. Ils sensibilisent les femmes, facilitent les visites domiciliaires, appuient la communication avec les prestataires et aident à retrouver les patientes perdues de vue.

Cette proximité peut changer l’issue d’une grossesse. L’équipe J9 cite le cas de Mme Vilbréus Anne Marie, 37 ans, hypertendue, avec plusieurs pertes de grossesse liées à l’hypertension. Dès son intégration au programme, elle a reçu un traitement préventif, un accompagnement psychosocial et des visites à domicile. Lors d’une visite à 36 semaines, l’équipe a constaté une tension très élevée. Elle a été immédiatement référée à la maternité. Une césarienne d’urgence a permis la naissance d’une petite fille vivante, en bonne santé apparente.

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Le parcours de Florene donne une résonance particulière à ce type de prise en charge. Sa deuxième grossesse comportait un risque grave. Dans un contexte de crise, elle a continué à bénéficier d’un cadre de soins, de conseils et d’un suivi qui ont permis à sa famille de rester connectée au système de santé.

Les résultats observés par l’équipe J9 confirment l’importance de ce modèle. Depuis la création du programme, l’équipe note une baisse du taux de prématurité, une diminution des admissions de nouveau-nés en soins intensifs néonatals, une meilleure adhérence aux consultations prénatales, postnatales et pédiatriques, une augmentation des accouchements institutionnels, une meilleure acceptation de la planification familiale après l’accouchement et une progression de l’allaitement maternel exclusif. Chez les enfants, J9 contribue aussi à améliorer la couverture vaccinale, le suivi de la croissance et la prévention de la malnutrition.

Pour Rodrique, les deux parcours ont renforcé une conviction simple : le père a un rôle concret dans la santé de la mère et des enfants. Sa présence ne remplace pas celle des soignants. Elle aide à appliquer les conseils à la maison, à soutenir la mère, à respecter les rendez-vous, à observer l’enfant et à participer aux décisions quand une situation inquiète.

Pour Florene, la différence entre les deux parcours tient aussi au contexte. La première grossesse s’est déroulée sans complication majeure. La deuxième a demandé plus d’attention, plus de vigilance et plus de soutien. Le programme J9 a gardé le lien avec elle au moment où la famille en avait besoin.

Florventz s’apprête maintenant à graduer du programme. Cette graduation marque la fin d’un cycle de suivi, mais elle raconte aussi autre chose : une famille qui a traversé deux expériences différentes, un premier parcours qui a préparé le second, une mère soutenue pendant une grossesse à risque, un père plus impliqué dans les pratiques de santé, et deux enfants qui ont bénéficié d’un accompagnement dès les premiers mois de leur vie.

Le contexte actuel continue de compliquer le travail des équipes. La situation sociopolitique a entraîné la fermeture temporaire des activités à Mirebalais, la réaffectation de membres du personnel J9, l’aménagement d’un nouvel espace à Cange et la recherche de solutions pour Hinche.

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Cette réalité donne plus de poids au parcours de Rodrique, Florene, Rodjine-Flore et Florventz. Elle rappelle que les résultats de J9 ne viennent pas d’une seule intervention. Ils viennent d’un modèle qui relie les consultations, l’éducation, le soutien psychosocial, les visites à domicile, le travail communautaire et la participation des familles.

Depuis 2018, plus de 8 600 femmes enceintes et plus de 7 000 nourrissons ont été intégrés à ce modèle. Derrière ces chiffres, il y a des mères qui apprennent à mieux reconnaître les risques, des enfants dont la croissance est suivie, des familles qui comprennent mieux les rendez-vous, des pères qui prennent une place plus active, et des équipes qui continuent à travailler malgré les contraintes.

La graduation de Florventz raconte cette histoire à l’échelle d’une famille. Rodjine-Flore a ouvert le premier chemin. Florventz termine aujourd’hui son propre parcours. Rodrique et Florene repartent avec des connaissances, des pratiques et une expérience qui continueront à vivre dans leur maison, bien après la cérémonie.


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