Le pouvoir d’agir des infirmières sauve des vies

Le pouvoir d’agir d’une infirmière se mesure souvent dans les minutes où une situation peut basculer.

12 mai 2026

Un nouveau-né de 15 jours arrive aux urgences dans un état critique. Il souffre de déshydratation sévère. Sa peau est sèche et plissée, ses yeux sont enfoncés, son état exige une intervention rapide. Plusieurs tentatives de pose de voie veineuse ont déjà échoué. L’accès veineux est difficile. Le temps compte. Venise Soy, infirmière de ligne au service de pédiatrie de l’Hôpital Notre-Dame de la Nativité de Belladère, est appelée pour aider. Elle confie son service à une autre infirmière, rejoint l’équipe aux urgences et réussit à installer la voie veineuse. Le bébé peut recevoir les soins nécessaires à temps. Sa mère la remercie sans cesse. Venise lui répond : «Je ne faisais que son travail.»

venise Soy

Venise Soy, infirmière de ligne au service de pédiatrie de l’Hôpital Notre-Dame de la Nativité de Belladère.

Cette phrase porte toute la retenue du métier. Les gestes qui sauvent une vie entrent souvent dans le langage ordinaire du devoir accompli. Ils relèvent d’une compétence acquise, d’un jugement clinique, d’un calme construit par l’expérience et d’une capacité à agir au moment exact où l’état d’un patient l’exige.

La Journée internationale des infirmières 2026 porte un thème clair : « Nos infirmières. Notre futur. Le pouvoir d’agir des infirmières sauve des vies. » Pour Zanmi Lasante, ce thème trouve sa force dans le travail quotidien des équipes infirmières qui tiennent les services, accompagnent les patients et participent directement à la sécurité des soins.

Venise Soy connaît cette responsabilité au quotidien. Elle travaille à Zanmi Lasante depuis environ six ans. Après trois années dans le programme COVID-19, elle a rejoint le service de pédiatrie, où elle accompagne les enfants et leurs familles. Son service reçoit aujourd’hui davantage de patients, notamment en raison du rapatriement massif de familles depuis la République Dominicaine et de la fermeture de l’Hôpital Universitaire de Mirebalais. Cette pression touche aussi les femmes enceintes qui viennent chercher des soins et un accompagnement sécuritaire à Belladère.

Son expérience auprès du nouveau-né montre ce que le pouvoir d’agir permet quand l’urgence devient concrète : une décision rapide, une coordination immédiate, un geste technique réussi, un traitement rendu possible. La qualité des soins dépend alors de la capacité d’une professionnelle à intervenir au bon moment, avec les compétences nécessaires et la confiance de l’équipe.

Lory Dana Claudius Norcius

Lory Dana Claudius Norcius travaille comme infirmière de ligne au service de chirurgie de l’Hôpital Bon Sauveur de Cange.

Lory Dana Claudius Norcius porte cette même exigence au service de chirurgie de l’Hôpital Bon Sauveur de Cange. Son parcours a commencé par un stage de six mois en 2019, suivi d’une période de bénévolat, puis d’un poste de monitrice de stage de 2020 à janvier 2024. Depuis février 2024, elle poursuit son travail comme employée de Zanmi Lasante. Son expérience combine la prise en charge des patients, l’encadrement des étudiants infirmiers et une attention soutenue à la qualité et à la sécurité des soins.

La chirurgie donne une forme particulière au pouvoir d’agir des infirmières. Une douleur qui change, une fièvre qui s’installe, une plaie qui évolue mal, un drain à surveiller ou une complication qui commence discrètement peuvent modifier le parcours d’un patient. Lory travaille dans cette zone de vigilance où la récupération dépend de la précision du suivi, de la qualité des transmissions, de la prévention des infections, de la gestion de la douleur et de la capacité d’alerter l’équipe médicale au bon moment.

Le service où elle travaille a réalisé 585 interventions chirurgicales en 2025, dont 354 cas majeurs. Il a aussi accueilli plus de 1 759 consultations externes et maintenu un taux de mortalité de 1,5 %, malgré la complexité de nombreux cas traités. Ces résultats reposent sur toute une chaîne de soins : préparation du patient, surveillance post-opératoire, hygiène, documentation, coordination et suivi.

Lory se souvient d’un jeune homme de 20 ans arrivé des urgences avec une péritonite généralisée. Son état exigeait la mobilisation des médecins, des infirmières, des aides-soignants, de l’équipe de salle d’opération et du personnel d’entretien. Après deux mois d’hospitalisation au service de chirurgie, il est sorti vivant. Ce cas montre une autre dimension du thème 2026 : le pouvoir d’agir sauve aussi des vies par la durée, lorsque l’équipe maintient la surveillance, les soins et l’accompagnement jusqu’au retour possible à la maison.

Marthe François José

Marthe François José fait partie de Zanmi Lasante depuis 20 ans et travaille actuellement comme responsable du Programme Élargi de Vaccination à l’Hôpital Notre-Dame de la Nativité de Belladère.

Marthe François José apporte une troisième lecture de ce thème. Responsable du Programme Élargi de Vaccination à l’Hôpital Notre-Dame de la Nativité de Belladère, elle travaille à Zanmi Lasante depuis 20 ans. Son rôle agit avant l’urgence : informer les parents, suivre la vaccination des enfants, repérer les signes de danger et orienter rapidement les patients qui nécessitent des soins spécialisés.

Un nourrisson de cinq mois reçu en consultation a marqué son parcours. L’enfant présentait une température de 38 °C, une fréquence respiratoire de 60 mouvements par minute, un œdème généralisé et une saturation en oxygène de 94 %. Marthe l’a immédiatement orienté vers les urgences pédiatriques. Il s’agissait d’un cas de malnutrition sévère accompagné de détresse respiratoire. L’enfant a passé deux jours aux urgences, puis quatre semaines en hospitalisation. Plus tard, Marthe a revu la mère et son bébé en meilleure santé.

Les parcours de Venise, Lory et Marthe donnent une lecture concrète du pouvoir d’agir du personnel infirmier. Ce pouvoir repose sur la formation, l’expérience, l’organisation des services, la confiance entre collègues, l’accès au matériel et la place donnée aux infirmières dans les décisions de soins. Il devient visible lorsqu’un nouveau-né reçoit son traitement à temps, lorsqu’un patient opéré traverse deux mois d’hospitalisation, lorsqu’un enfant en danger est identifié avant que son état ne s’aggrave davantage.

La Journée internationale des infirmières 2026 invite à reconnaître ce travail. Les infirmières et infirmiers de Zanmi Lasante donnent aux services leur capacité d’action quotidienne. Ils relient les patients aux soins, les familles aux informations, les urgences aux traitements, la prévention aux résultats de santé.


Soutenir Zanmi Lasante, c’est soutenir les équipes qui rendent ces soins possibles. Votre contribution aide à maintenir les services, accompagner les patients, renforcer les structures de santé et donner au personnel infirmier les moyens de continuer à sauver des vies dans les communautés qui en ont le plus besoin. Faites un don pour soutenir les soins essentiels en Haïti.