Produire des preuves pour guider les décisions en santé publique en Haïti

La recherche à Zanmi Lasante comme outil direct d’amélioration des pratiques de santé publique

19 avril 2026

La production de données fiables reste une condition directe pour orienter les décisions en santé publique en Haïti, où les contraintes structurelles, l’insécurité et l’accès limité à l’information influencent les comportements de santé.

Dans ce contexte, le département de recherche de Zanmi Lasante a contribué au projet Mercury, une étude multi-pays conduite avec des équipes au Rwanda et au Malawi, centrée sur la circulation de l’information liée au COVID-19 et son influence sur les pratiques au niveau communautaire.

Le travail mené en Haïti analyse comment les agents de santé communautaires reçoivent, interprètent et utilisent les messages envoyés par téléphone, tout en tenant compte des facteurs qui structurent leur environnement, notamment la confiance, les réseaux informels d’information et les contraintes d’accès aux canaux officiels.

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La collecte de données s’est déroulée dans le Plateau-Central et à Saint-Marc auprès de 175 agents de santé communautaires et 640 membres de la communauté, avec des enquêtes quantitatives sur les connaissances, attitudes et perceptions, complétées par des entretiens qualitatifs approfondis portant sur les idées reçues liées au COVID-19 et à la santé mentale.

Le dispositif repose sur une organisation interdisciplinaire claire, avec le département de recherche en charge de la coordination et de l’analyse, les équipes communautaires mobilisées pour l’engagement des participants, le système d’information sanitaire pour la gestion des données, et les équipes logistiques et financières pour le déploiement opérationnel. Quinze enquêteurs ont été formés et équipés d’outils numériques pour assurer la collecte, tandis que l’analyse a été réalisée à partir de logiciels standards de recherche quantitative et qualitative.

Les résultats montrent que les comportements liés au COVID-19 restent fortement liés aux dynamiques de confiance, les populations s’appuyant largement sur le bouche-à-oreille, la radio et les réseaux sociaux informels, qui participent aussi à la circulation d’informations inexactes concernant les vaccins, l’origine de la maladie ou sa gravité.

Les agents de santé communautaires occupent une position centrale dans cet environnement, leur proximité avec les communautés facilitant la diffusion d’informations validées et l’adoption de pratiques de prévention. Les messages reçus par téléphone ont contribué à améliorer leurs connaissances et à renforcer leur rôle dans l’éducation des populations.

Sur le terrain, certains agents exprimaient des hésitations face à la vaccination en raison de rumeurs persistantes, notamment liées à la fertilité, avant d’intégrer progressivement des informations fiables dans leurs activités communautaires après avoir reçu des contenus structurés.

Les données ont également permis d’identifier des écarts dans l’évolution des connaissances en santé mentale, ce qui a conduit à un travail conjoint avec les équipes concernées pour développer de nouvelles études portant sur la dépression, la consommation d’alcool et les comportements suicidaires.

La mise en œuvre du projet a nécessité des ajustements constants en raison de contraintes sécuritaires et logistiques, avec des routes bloquées, des déplacements retardés et des itinéraires modifiés, tout en maintenant les objectifs de collecte grâce à une coordination renforcée entre les équipes.

La collaboration avec les équipes du Rwanda et du Malawi a permis de comparer les résultats et de renforcer la qualité méthodologique du projet, tout en valorisant l’expertise locale. L’équipe haïtienne a contribué à la formation des autres sites sur les approches qualitatives, notamment les techniques d’entretien et d’analyse, et a renforcé ses capacités en analyse quantitative et en rédaction scientifique.

Ce travail produit des données directement mobilisables pour adapter les interventions, structurer les messages de santé publique et orienter les priorités programmatiques en fonction des réalités observées sur le terrain.


La production de données en Haïti demande des moyens, une coordination étroite et une capacité d’adaptation constante. Ces travaux permettent d’ajuster les interventions et d’améliorer la qualité des services proposés aux communautés.Soutenir Zanmi Lasante, c’est soutenir une approche qui repose sur des données concrètes pour orienter les décisions et renforcer le système de santé.