* English version below
Chers supporteurs de Zanmi Lasante,
J’ai passé une partie du mois de Janvier à visiter nos établissements dans le Plateau Central et le Bas-Artibonite. Ces visites sont une part essentielle de mon travail—elles me permettent d’évaluer nos progrès, d’identifier les points à améliorer et d’échanger directement avec le personnel et les patients qui donnent vie à notre mission. De nos programmes de santé maternelle, de lutte contre la malnutrition et des soins d’urgence aux traitements du VIH, de la tuberculose et du cancer, j’ai pu constater à la fois l’impact de nos interventions et les défis qu’il nous reste à relever.
Des patients qui autrefois faisaient face à une mort certaine sont aujourd’hui en vie—recevant des traitements vitaux, soutenus par nos agents de santé communautaire et retrouvant l’espoir qu’ils avaient perdu. Ces succès sont le fruit de décennies d’engagement, rendus possibles grâce au soutien indéfectible de partenaires comme les Centres de contrôle et de prévention des maladies des États-Unis (CDC) et le Plan d’urgence du président américain pour la lutte contre le sida (PEPFAR). Pourtant, ces avancées sont aujourd’hui menacées.
Zanmi Lasante est le principal fournisseur de soins de santé en Haïti après le Ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP). Depuis le lancement en 1998 de l’un des premiers programmes mondiaux de thérapie antirétrovirale (ART) dans un contexte de ressources limitées, nous avons démontré que traiter le VIH dans les pays pauvres n’est pas seulement possible, mais essentiel. Aujourd’hui, nos 12 sites de prise en charge du VIH sont une bouée de sauvetage pour des milliers de personnes, contribuant à l’atteinte des objectifs 95-95-95 de l’ONUSIDA. Dans le Plateau Central, nous avons déjà dépassé deux de ces objectifs—garantissant que presque toutes les personnes vivant avec le VIH connaissent leur statut et que chaque patient diagnostiqué reçoive un traitement. Dans nos deux régions d’intervention, nous continuons à améliorer les taux de suppression virale, à prévenir la transmission mère-enfant et à élargir l’accès à la prophylaxie pré-exposition (PrEP) pour les populations à risque.
Rien de tout cela ne serait possible sans le soutien durable du PEPFAR, du Fonds mondial et d’autres partenaires clés. Ces investissements nous ont permis d’intégrer les soins cliniques à un soutien social essentiel, veillant à ce que nos patients ne reçoivent pas seulement des médicaments, mais aussi une assistance alimentaire, un soutien au logement, la prise en charge des frais de scolarité et des aides pour le transport. Le pilier de notre réussite reste notre réseau d’agents de santé communautaire—accompagnateurs—qui assurent un suivi à domicile, renforcent l’adhésion aux traitements et apportent les soins jusque dans les zones les plus reculées.
Au-delà de la prise en charge du VIH, ces investissements ont renforcé l’ensemble de notre système de santé, améliorant les services en santé maternelle, nutrition, pédiatrie et maladies non transmissibles. Notre approche intégrée garantit que chaque programme bénéficie des infrastructures, des formations et des ressources humaines mises en place grâce à des décennies d’investissement dans la lutte contre le VIH. Une réduction du financement ne se limiterait pas aux traitements du VIH ; elle aurait un effet domino sur tous nos services, compromettant l’accès aux soins pour des milliers de patients qui dépendent de nos hôpitaux et cliniques pour survivre.
Pourtant, à un moment où nous devrions redoubler d’efforts, nous sommes confrontés à la menace dévastatrice d’une réduction des financements essentiels. Un éventuel retrait du soutien du PEPFAR ne serait pas qu’une simple décision administrative ; ce serait une menace directe pour la vie de milliers d’Haïtiens. Cela mettrait en péril deux décennies de progrès, limiterait l’accès aux traitements et freinerait les efforts mondiaux pour contrôler le VIH. Pire encore, cela risquerait d’effondrer un système de santé déjà fragile, aggravant l’impact des crises que traverse Haïti—insécurité, instabilité économique et exode des professionnels de santé.
Soyons clairs : ce n’est pas seulement une question haïtienne. C’est un enjeu mondial de santé et de droits humains. Haïti a prouvé au monde entier ce qui est possible en matière de prise en charge du VIH, influençant les politiques et inspirant des initiatives similaires à l’échelle internationale. Les leçons tirées ici ont façonné les stratégies mondiales, guidé les politiques internationales et démontré que l’accès universel aux traitements du VIH est à la fois réalisable et nécessaire. Abandonner ces progrès aujourd’hui serait une injustice, non seulement envers le peuple haïtien, mais envers tous ceux qui ont œuvré pour rendre ces soins vitaux accessibles.
J’appelle les décideurs américains à prendre la mesure de ce moment critique et à faire le bon choix. Réduire le financement des programmes de lutte contre le VIH en Haïti serait catastrophique—non seulement pour les individus directement affectés, mais aussi pour la lutte mondiale contre cette épidémie. Nous avons trop avancé pour faire marche arrière. Le monde a une obligation morale de protéger les acquis et de garantir que l’accès aux soins ne soit pas déterminé par la géographie ou la situation économique.
Chez Zanmi Lasante, nous restons déterminés à poursuivre notre mission. Nous continuerons à plaider, innover et avancer, quels que soient les défis. Mais nous ne pouvons pas y arriver seuls. Plus que jamais, nous avons besoin de la communauté internationale à nos côtés. Nous avons besoin que nos soutiens fassent entendre leur voix. Et nous avons besoin que les décideurs réaffirment leur engagement envers la santé en tant que droit humain fondamental.
Nous n’abandonnerons pas. Avec le bon soutien, nous continuerons à sauver des vies.
Wesler Lambert MD, MPH
Directeur Exécutif