Après une opération pour un cancer du sein, Odette Joseph suivait un traitement hormonal. Elle quittait régulièrement son domicile, dans le Sud, pour consulter à l’Hôpital Universitaire de Mirebalais (HUM). Sa fermeture en mars 2025 a interrompu son suivi. Ses médicaments étaient difficiles à trouver et trop coûteux.
En juin 2026, une tournée médicale de Zanmi Lasante lui a permis de bénéficier d’une nouvelle évaluation, de recevoir six mois de médicaments et d’obtenir un plan de suivi près de chez elle. Son parcours illustre l’importance de soins disponibles, abordables et continus.
« Chaque histoire est unique, chaque parcours compte » : le thème de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) pour Octobre Rose 2026 reflète cette réalité.
Un cancer encore trop souvent diagnostiqué tardivement
Le cancer du sein est le plus fréquent chez les femmes dans le monde. Selon l’OMS, environ 2,4 millions de femmes ont reçu ce diagnostic en 2024, et 694 000 en sont décédées.
Les estimations GLOBOCAN 2024 font état de 1 952 nouveaux cas et de 880 décès en Haïti. C’est le cancer le plus fréquent et la première cause de décès par cancer chez les femmes du pays. Ces chiffres restent estimatifs.
Une étude menée auprès de 341 patientes à HUM entre 2012 et 2016 a montré que 55,1 % présentaient un cancer localement avancé au diagnostic. Une détection précoce augmente les possibilités de traitement et les chances de guérison.
Quels signes doivent alerter ?
Une anomalie mammaire peut apparaître sans douleur. Il faut consulter rapidement en cas de :
- Boule ou épaississement dans le sein ou sous l’aisselle ;
- Changement inhabituel de taille ou de forme d’un sein ;
- Rougeur persistante, peau rétractée ou aspect de peau d’orange ;
- Rétraction récente du mamelon ;
- Écoulement spontané inhabituel du mamelon, surtout s’il contient du sang.
Ces signes peuvent avoir une cause bénigne. Une évaluation médicale reste nécessaire, même pour une petite boule indolore.
Connaître l’apparence habituelle de ses seins aide à repérer les changements. L’autoexamen ne remplace ni la consultation ni le dépistage recommandé. Les antécédents familiaux doivent être signalés, même si la plupart des femmes atteintes n’en ont pas.
Du signe suspect au diagnostic
Le diagnostic précoce concerne les personnes présentant des symptômes. Le dépistage, notamment par mammographie, recherche la maladie chez les personnes sans symptôme, selon leur âge et leur niveau de risque.
L’accès limité à la mammographie en Haïti rend indispensable l’évaluation clinique rapide de toute anomalie. Selon les constatations, une échographie ou une mammographie peut être prescrite ; une biopsie permet, si nécessaire, de confirmer le diagnostic.
L’Initiative mondiale de l’OMS contre le cancer du sein vise au moins 60 % des cancers diagnostiqués aux stades I ou II, avec un délai maximal de 60 jours entre la première présentation des symptômes et le diagnostic.
Les obstacles à l’accès aux soins
Une étude à l’Hôpital Bon Sauveur de Cange a associé les retards de consultation à la sous-estimation des symptômes, au manque d’information et à la crainte du coût des traitements. Les difficultés de transport et l’accès limité aux examens compliquent également les soins.
L’insécurité aggrave ces difficultés. La fermeture de l’HUM a bouleversé l’accès aux soins spécialisés pour des patients de plusieurs départements. L’interruption d’une chimiothérapie, d’une hormonothérapie ou d’un suivi régulier peut compromettre les résultats du traitement.
La réponse de Zanmi Lasante
Zanmi Lasante contribue depuis plusieurs années à la prise en charge du cancer à Cange et, avant sa fermeture, à HUM. Les recherches conduites à Mirebalais ont documenté les difficultés rencontrées par les patientes. Les équipes d’oncologie à Cange poursuivent leur accompagnement médical.
En octobre 2025, Zanmi Lasante a mené des activités de sensibilisation dans des écoles, des établissements universitaires et à la radio. La tournée organisée dans le Sud en juin 2026 montre comment adapter le suivi lorsque les services habituels deviennent inaccessibles.
Faire de la sensibilisation une possibilité d’agir
Reconnaître les signes suppose une information fiable ; agir exige des soins accessibles. Les proches peuvent faciliter les déplacements et les rendez-vous, les professionnels de santé orienter rapidement vers les examens nécessaires et les patientes participer aux décisions grâce à des explications claires.
Face à un changement inhabituel du sein, consultez rapidement. Lorsqu’un cancer est diagnostiqué, la continuité des traitements compte autant que leur mise en place.