À 18 mois, un enfant suivi par le Programme de nutrition communautaire de Zanmi Lasante présentait un périmètre brachial de 108 millimètres et une perte de poids importante. Après six semaines de traitement au Nourimanba et un suivi rapproché, son périmètre brachial atteignait 125 millimètres. Son état général s’était amélioré et sa mère signalait également le retour de son appétit.
Ce résultat tient en une succession d’étapes qui commencent bien avant la remise du produit. Il faut dépister la malnutrition, déterminer la prise en charge appropriée, fournir le traitement, suivre régulièrement l’enfant et accompagner sa famille pendant plusieurs semaines.
Jarlyne Chalorin, infirmière au programme de nutrition communautaire de Zanmi Lasante, participe à ce travail auprès des enfants de 6 à 59 mois. Elle assure le dépistage, contribue à leur prise en charge selon les protocoles établis et suit leur évolution clinique et anthropométrique.
« Le Nourimanba est utilisé dans les cas de malnutrition modérée ou sévère », explique-t-elle. Pendant le traitement, les équipes contrôlent chaque semaine le poids et le périmètre brachial. Elles évaluent également l’appétit, l’état général de l’enfant et la présence éventuelle de complications.
Cette surveillance permet d’ajuster la prise en charge et de repérer les situations nécessitant une attention supplémentaire. Elle demande aussi aux familles de revenir régulièrement aux consultations et de respecter les indications données pour l’utilisation du produit.
Au cours de l’année fiscale 2025-2026, 22 089 enfants ont été dépistés dans l’ensemble du réseau de Zanmi Lasante. Pendant cette même période, 72 851 kilogrammes de Nourimanba ont été distribués, ainsi que 309 640 sachets de Plumpy.
Les données de sortie permettent également de suivre une partie des résultats de la prise en charge. Durant l’année fiscale, 5 973 enfants ont été enregistrés en sortie de prise en charge, dont 3 946 comme guéris selon les critères du programme.
Ces chiffres donnent la mesure de l’activité, mais ils ne disent pas tout du travail nécessaire pour qu’un enfant puisse terminer son traitement. Jarlyne constate notamment que certaines familles ont des difficultés à payer le transport pour les visites de suivi. Il arrive aussi que le produit destiné à l’enfant malnutri soit partagé avec d’autres enfants du ménage. Une compréhension insuffisante de l’importance des consultations régulières peut également conduire à une interruption du traitement.
Jarlyne Chalorin, infirmière au Programme de nutrition communautaire de Zanmi Lasante.
Les équipes répondent à ces difficultés par l’éducation nutritionnelle, le suivi des familles et, lorsque les conditions le permettent, l’organisation de cliniques mobiles. L’enjeu est concret: un produit disponible ne peut contribuer au rétablissement d’un enfant que si celui-ci peut être dépisté, commence son traitement et reste suivi assez longtemps.
Cette chaîne dépend également du travail réalisé au centre de production de Nourimanba de Corporant. Entre janvier et décembre 2025, le centre a produit 75 631 kilogrammes de Nourimanba. Cette production a principalement alimenté les programmes de nutrition de Zanmi Lasante, notamment les cliniques mobiles et les services de nutrition de Boucan-Carré et de Hinche. Les activités dans la région de Saint-Marc ont été plus limitées pendant cette période.
Le centre s’appuie en partie sur une matière première produite localement. Les arachides utilisées pour fabriquer le Nourimanba proviennent principalement du Plateau Central, notamment de zones comme Savanette, Corporant, Belladère et Lascahobas. Cet approvisionnement a pu être relativement maintenu en 2025.
La situation a été différente pour plusieurs autres ingrédients essentiels importés des États-Unis. Leur acheminement dépend notamment du port de Port-au-Prince et des routes nationales. Les perturbations de circulation et les affrontements sur certains axes ont provoqué des retards d’approvisionnement et compliqué la logistique.
Le fonctionnement du centre a lui-même été fortement perturbé en avril et mai 2025 après les violences survenues à Mirebalais. La production a progressivement repris lorsque les conditions dans la zone l’ont permis.
Les conséquences se sont également fait sentir après la sortie de l’usine. Plusieurs cliniques mobiles et activités de nutrition ont dû être suspendues ou réduites. Les interventions menées à Petite-Rivière de l’Artibonite, à Verrettes et dans d’autres localités de la région de Saint-Marc ont notamment été limitées. Selon les responsables du centre, ces difficultés d’accès ont contribué à une baisse de l’utilisation du Nourimanba dans ces zones et à davantage d’interruptions dans le suivi nutritionnel.
Maintenir la prise en charge suppose donc d’agir à plusieurs niveaux. Jarlyne souhaite renforcer l’éducation nutritionnelle, améliorer la disponibilité du Nourimanba en fonction des besoins des enfants et faciliter le transfert de ceux qui présentent des complications vers une unité spécialisée de nutrition. Elle souligne également l’intérêt de pouvoir proposer des rations sèches ou d’autres formes d’appui alimentaire aux familles lorsque cela est nécessaire.
Le centre de production identifie, de son côté, des besoins précis: disposer des ressources nécessaires pour acheter les matières premières, entretenir ou renouveler certains équipements de production et retrouver des niveaux de production plus réguliers. Il souhaite également relancer la fabrication d’autres produits nutritionnels, notamment les rations sèches Akamil.
L’évolution de l’enfant suivi par Jarlyne permet de comprendre pourquoi chacune de ces étapes compte. Entre les 108 millimètres mesurés lors de son admission et les 125 millimètres enregistrés six semaines plus tard, il y a eu du Nourimanba, mais aussi des consultations, des mesures répétées, le travail d’une équipe et la participation de sa famille.
Produire le traitement est indispensable. Faire en sorte qu’il parvienne à l’enfant qui en a besoin, au moment où il en a besoin, puis que cet enfant puisse terminer sa prise en charge, l’est tout autant.