Les données sont indispensables pour diriger une organisation comme Zanmi Lasante. Elles nous indiquent le nombre de consultations, d’hospitalisations ou d’interventions réalisées et nous permettent de suivre nos résultats. Mais elles ne racontent pas toujours toute l’histoire.
Elles ne montrent pas nécessairement ce que signifie, pour une équipe, travailler chaque jour dans un service devenu trop petit, ni ce que représente pour un patient le fait d’attendre à l’extérieur faute d’espace. C’est pourquoi je considère les visites régulières dans nos sites comme une responsabilité importante de ma fonction de Directeur Exécutif.
La semaine dernière, notre équipe exécutive s’est rendue à Tilory, Cerca-la-Source et Belladère. Notre objectif était bien sûr d’observer le fonctionnement des services, mais surtout de revenir sur les constats faits lors de visites précédentes, de mesurer les changements réalisés et d’échanger directement avec les équipes sur les difficultés qui persistent.
À Tilory et à Cerca-la-Source, nous avons constaté plusieurs améliorations. Les efforts pour maintenir des espaces propres et améliorer les conditions d’accueil sont visibles. À Cerca-la-Source, notamment, les difficultés liées aux lits de maternité que nous avions relevées précédemment ont été corrigées avec l’installation de nouveaux lits.
Ces changements peuvent paraître modestes lorsqu’ils sont résumés dans un rapport. Pour une femme qui vient accoucher, un patient hospitalisé ou un membre du personnel qui travaille quotidiennement dans ces espaces, ils ont pourtant une importance très concrète.
C’est aussi notre conception du suivi : identifier un problème, convenir d’une réponse, agir, puis revenir vérifier ce qui a réellement changé. Lorsque les mêmes difficultés persistent d’une visite à l’autre, notre responsabilité est de comprendre ce qui bloque et de prendre les décisions nécessaires.
Belladère : adapter notre réponse à une nouvelle réalité
La situation de Belladère illustre aujourd’hui un défi beaucoup plus important. Depuis la fermeture de l’Hôpital Universitaire de Mirebalais, l’hôpital de Belladère fait face à une augmentation considérable de la demande. Cette pression est particulièrement visible en santé maternelle. Alors que l’hôpital réalisait auparavant environ 16 à 17 césariennes par mois, les équipes nous ont rapporté des pics dépassant 80 interventions par mois. Les consultations prénatales ont également fortement augmenté.
Mais les infrastructures n’ont pas augmenté au même rythme. Des patients et leurs accompagnateurs doivent parfois attendre à l’extérieur, sous les arbres. Les espaces de maternité, d’urgence et d’hospitalisation ne correspondent plus au volume de patients que l’hôpital reçoit aujourd’hui.
Nous devons donc agir à deux niveaux.À court terme, nous allons renforcer les équipes, particulièrement dans les soins obstétricaux, et trouver des solutions permettant d’augmenter rapidement les espaces disponibles pour la maternité, les urgences et l’hospitalisation en médecine interne.
À moyen terme, si cette augmentation de la demande se confirme, une réponse plus structurelle sera nécessaire. Nous devons examiner les possibilités de rénovation et d’extension de l’hôpital, évaluer les ressources nécessaires et poursuivre les discussions avec le Ministère de la Santé Publique et de la Population sur les prochaines étapes.
Cette situation nous rappelle également une réalité plus large: notre réseau doit continuer à s’adapter aux changements importants dans la demande de soins provoqués par la crise actuelle. Nous devons être capables d’identifier rapidement les sites soumis à une pression nouvelle et d’y ajuster nos ressources, nos équipes et, lorsque nécessaire, nos infrastructures.
Une même exigence dans tout notre réseau
Les visites de terrain ne remplacent ni les données, ni les mécanismes de supervision, ni les responsabilités des équipes locales. Elles les complètent. Elles permettent de mieux comprendre ce que les chiffres signifient réellement, d’écouter ceux qui donnent les soins, d’observer le parcours des patients et de vérifier que les décisions prises produisent les changements attendus.
Elles sont aussi une façon de maintenir la proximité et la solidarité de la Direction Exécutive avec nos équipes, particulièrement dans une période aussi difficile pour notre institution et pour le pays.
Enfin, elles nous rappellent que, quel que soit le site, notre exigence doit rester la même : des soins de qualité, le respect de la dignité des patients et des conditions permettant à nos équipes de faire correctement leur travail.
C’est cette exigence qui doit guider nos décisions. Et lorsque nous prenons un engagement sur le terrain, nous devons avoir la discipline d’y revenir pour mesurer ce qui a réellement changé.
Dr. Wesler Lambert
Directeur Exécutif
Zanmi Lasante