Au cours de l’exercice opérationnel 2025-2026, le programme de santé mentale de Zanmi Lasante a réalisé 9 743 consultations auprès de 3 077 patients, dont 65 % de femmes et 35 % d’hommes. Parmi les personnes prises en charge, 135 présentaient des idées suicidaires et 26 avaient fait une tentative de suicide.
Ces chiffres montrent pourquoi les soins ne peuvent pas dépendre uniquement de la capacité d’une personne à se rendre dans une salle de consultation. Lorsque les déplacements sont difficiles et que les familles vivent sous une pression constante, les services doivent se rapprocher des lieux où les personnes vivent, étudient et cherchent de l’aide.
Le programme a ainsi organisé huit cliniques mobiles dans des camps de personnes déplacées et des zones éloignées. Ces interventions ont permis d’évaluer les besoins physiques et psychologiques de personnes qui auraient difficilement pu rejoindre un établissement de santé.
À Ti Sitwon, à Saint-Marc, quatre groupes de soutien ont réuni 42 personnes déplacées. Soixante-quatre autres personnes ont participé à des activités de relaxation, dont 72 % de femmes et 45 % de jeunes. Des activités de sensibilisation menées dans plusieurs camps ont également atteint 240 adolescents.
Cette présence permet aux équipes de repérer plus tôt les signes de détresse, d’orienter les personnes vers les services appropriés et de mieux comprendre les difficultés quotidiennes des familles déplacées. Le programme travaille aussi avec les agents de santé communautaire, dont les visites à domicile, les activités éducatives et le suivi renforcent le lien entre les familles et les services cliniques.
Les enfants et les adolescents occupent une place importante dans cette approche. Ils peuvent vivre la peur, le deuil, le déplacement ou l’interruption de leur scolarité sans toujours pouvoir exprimer ce qu’ils ressentent.
À Hinche, huit écoles ont participé au projet de santé mentale en milieu scolaire. Le programme a sensibilisé 1 600 élèves à la santé mentale et au bien-être, formé 64 enseignants et organisé des séances pour plus de 200 parents. Trente-deux élèves ont participé à des activités de thérapie de groupe et 91 autres ont bénéficié d’activités d’orientation professionnelle.
Les enseignants et les parents ont ainsi reçu des informations pratiques pour reconnaître les signes de détresse et savoir quand orienter un jeune vers des services professionnels.
La nécessité d’intervenir rapidement est apparue clairement après un incident violent à Saint-Marc. L’équipe a fourni un soutien psychologique d’urgence à 103 étudiants. Cette intervention leur a offert un espace pour parler de ce qu’ils avaient vécu et a permis d’identifier ceux qui avaient besoin d’un accompagnement supplémentaire.
Le programme implique également de jeunes ambassadeurs dans la prévention de la consommation de substances. Par l’art, la radio, les réseaux sociaux et les activités communautaires, ils transmettent à leurs pairs des informations adaptées à leur réalité. Lors du Good Deeds Day, un partenariat avec ACTIVEH a notamment permis de sensibiliser 101 jeunes.
L’élargissement des services communautaires repose aussi sur des équipes cliniques mieux préparées. Quatre psychologues et un médecin ont été formés à la thérapie cognitivo-comportementale. À l’Hôpital Sainte-Thérèse de Hinche, 59 internes et résidents en service social ont reçu une formation sur la dépression. Le programme a également collaboré avec les résidents en pédiatrie pour améliorer la prise en charge de la santé mentale des enfants.
Pour renforcer la qualité des soins, l’équipe a réalisé 275 supervisions cliniques et organisé huit réunions de son comité d’assurance qualité. Un projet présenté par le programme a remporté le troisième prix au forum HealthQual du département du Centre.
Le soutien concerne aussi les professionnels qui continuent de travailler malgré l’insécurité, le déplacement et les pertes personnelles. Dix-sept activités de bien-être ont été réalisées sur les sites de Zanmi Lasante. Après des événements liés à l’insécurité à Boucan-Carré, 31 employés ont reçu un accompagnement psychologique. À Hinche, 23 séances de danse-thérapie ont été organisées, et tous les participants ont rapporté une amélioration de leur bien-être et de l’esprit d’équipe.
Pour les personnes vivant avec des troubles mentaux sévères, les consultations ne représentent qu’une partie du parcours. Environ 114 personnes ont bénéficié d’un accompagnement social. Cinq groupes de soutien ont réuni 33 patients, tandis que les travailleurs sociaux ont réalisé 11 visites à domicile. Ces interventions aident les patients à maintenir leurs liens avec leurs soins, leurs familles et leurs communautés.
Les obstacles restent importants. L’insécurité, les difficultés de transport, la fermeture de certains établissements et les ressources limitées continuent d’interrompre les services. Toutefois, les résultats de l’année montrent qu’il est possible de rejoindre davantage de personnes lorsque les soins dépassent les murs des établissements.
En reliant consultations, cliniques mobiles, écoles, agents de santé communautaire, accompagnement social et soutien au personnel, Zanmi Lasante aide les personnes en détresse à obtenir de l’aide plus tôt et à ne pas affronter seules la peur, le deuil ou le déplacement.
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