Quand les communautés deviennent la première ligne du système de santé mentale.

Comment les agents de santé communautaire permettent d’identifier les crises et de maintenir le suivi des patients.

16 mars 2026

Dans de nombreuses régions d’Haïti, les services spécialisés en santé mentale restent difficiles d’accès. Les distances sont longues, les ressources limitées et les familles se retrouvent souvent seules face à des situations complexes.

Dans ce contexte, le système de santé mentale repose en grande partie sur un travail réalisé directement dans les communautés. Les agents de santé communautaire jouent un rôle central pour repérer les situations de détresse, orienter les patients et maintenir le lien entre les familles et les équipes cliniques.

À Zanmi Lasante, ce travail est coordonné à travers un réseau structuré d’activités communautaires. Edmé Robès Pierre, responsable de coordination et de supervision des activités communautaires de santé mentale, participe à cette organisation depuis plusieurs années.

Edmé fait partie de Zanmi Lasante depuis 2008. Il a commencé comme travailleur social à Cerca-la-Source et à Lascahobas, où il accompagnait les patients du programme TB/VIH dans leur suivi psychosocial. Cette expérience lui a permis de comprendre très tôt la place que joue l’accompagnement humain dans le parcours de soins.

Aujourd’hui, il coordonne les activités communautaires de santé mentale à travers plusieurs sites du réseau et supervise le travail des agents de santé communautaire qui collaborent avec les équipes cliniques.

Ces agents travaillent au plus près des communautés. Ils organisent des séances d’éducation, participent aux campagnes de sensibilisation et accompagnent les patients dans leur suivi. Leur présence permet d’identifier les situations préoccupantes et d’orienter rapidement les personnes vers les services appropriés.

Pour Edmé, cette organisation constitue l’un des piliers du système de santé mentale.

« Le meilleur résultat en soin d’un patient s’obtient autour d’une parfaite coopération d’une équipe multidisciplinaire. »

Une expérience vécue à Cerca-la-Source en 2013 reste particulièrement marquante pour lui. À cette période, le site ne disposait pas de psychologue pendant plusieurs mois. En tant que travailleur social du programme TB/VIH, il participait également au suivi psychologique de certains patients.

edme

Lors d’une clinique mobile, une jeune femme de 22 ans est arrivée accompagnée de son père. Celui-ci avait attaché ses bras derrière le dos parce qu’elle représentait un danger pour elle-même et pour les autres. Selon la famille, elle frappait les gens, lançait des pierres et détruisait des objets dans la maison.

Le corps de la jeune femme portait les marques des cordes utilisées pour la maîtriser.

L’équipe de santé mentale a immédiatement commencé l’évaluation et l’intervention d’urgence. La priorité était de stabiliser la situation et d’assurer la sécurité de la patiente et de son entourage.

Après plusieurs heures d’intervention, la situation s’est apaisée. La jeune femme a pu quitter la clinique mobile calmement, aux côtés de son père, pour rentrer chez elle.

Pour Edmé, cette expérience a renforcé sa compréhension du rôle essentiel que jouent les activités communautaires dans la santé mentale. Les crises arrivent souvent loin des structures de soins. Les équipes doivent donc pouvoir intervenir rapidement et maintenir un lien avec les familles.

Les agents de santé communautaire jouent un rôle déterminant dans ce dispositif. Ils connaissent les communautés, identifient les situations préoccupantes et facilitent la communication entre les patients et les équipes cliniques.

Cette médiation contribue directement à la continuité des soins et à l’adhérence au traitement.

« Les activités communautaires constituent la force motrice du système de santé mentale à Zanmi Lasante », explique Edmé. « Les agents de santé jouent un rôle de médiation entre l’équipe clinique et les patients. »

Pour lui, il est essentiel que ce travail soit reconnu à sa juste valeur.

« Je veux profiter de l’occasion pour lancer un appel à tous les secteurs communautaires, à tous les programmes et services de Zanmi Lasante, pour mettre en valeur le travail que font les agents de santé et ce qu’ils représentent aux côtés des patients dans les sites. »


Chaque jour, ce travail communautaire permet à des patients vivant dans des zones parfois très reculées d’accéder à des services intégrés de santé mentale. Soutenez le travail de Zanmi Lasante pour renforcer l’accès aux soins de santé mentale en Haïti et permettre aux équipes d’intervenir au plus près des communautés.