L’énergie solaire, un investissement direct dans les soins

De Saint-Marc à Cange, les coupures d’électricité affectent les blocs opératoires, les laboratoires et les pharmacies, tandis que le solaire offre une piste pour réduire la dépendance aux génératrices.

14 août 2026

Un peu après six heures du matin, une femme enceinte arrivée à terme se présente en travail à l’Hôpital Saint-Nicolas de Saint-Marc. Son état se complique rapidement lorsque le rythme cardiaque du fœtus se détériore. L’équipe médicale décide de pratiquer une césarienne. L’anesthésiste est appelé et la patiente est préparée. Mais au moment de commencer l’intervention, le bloc opératoire n’a pas d’électricité.

L’équipe doit contacter les techniciens et l’administration pour faire rétablir le courant avant de pouvoir reprendre la prise en charge.

Pour la Dre Nolène Franck, cette matinée a montré de manière très concrète ce que signifie une panne électrique dans un hôpital.

« Cette expérience m’a fait comprendre que, dans un hôpital, l’électricité soutient toute la chaîne des soins, et que son absence peut changer le destin d’un patient en quelques minutes seulement. Sans électricité, de nombreuses interventions deviennent impossibles. »

Cette dépendance ne concerne pas un seul service. En 2025, le réseau de Zanmi Lasante a assuré 608 044 consultations externes, réalisé 216 671 analyses de laboratoire et accompagné 16 126 accouchements, dont 3 695 césariennes. Une partie importante de ces activités dépend directement d’une alimentation électrique stable, qu’il s’agisse de faire fonctionner un bloc opératoire, un équipement de laboratoire, un dispositif de surveillance ou un système de réfrigération.

L’électricité soutient toute la chaîne de soins

Le Dr Fridjof Schmartin Robergeau, obstétricien-gynécologue à l’Hôpital Bon Sauveur de Cange, rappelle que les urgences obstétricales ne peuvent pas être organisées en fonction du retour du courant. Les appareils d’anesthésie, de monitoring et d’aspiration, comme l’ensemble du bloc opératoire, ont besoin d’une alimentation électrique stable.

Des coupures sont déjà survenues pendant des interventions chirurgicales, obligeant les équipes à adapter rapidement leur prise en charge.

La Dre Jennifer Honoré, chirurgienne dans le même établissement, souligne le lien entre l’électricité et la capacité opératoire de l’hôpital.

« Nous réalisons en moyenne 50 interventions chirurgicales par mois lorsque toutes les conditions nécessaires sont réunies, notamment la disponibilité de l’électricité, de l’oxygène et du personnel. »

Dr Jennifer Honore

Lorsque ces conditions ne sont pas réunies, certaines interventions doivent être reportées. Dans les situations les plus critiques, une coupure peut interrompre une opération pendant 10 à 45 minutes. Ces interruptions augmentent les risques de complications, prolongent potentiellement l’hospitalisation et ajoutent une pression supplémentaire sur les équipes. Les variations de tension peuvent aussi endommager les équipements biomédicaux et perturber les communications internes.

Les mêmes contraintes se retrouvent dans les pharmacies et les laboratoires.

Pierre Noel, pharmacien et coordonnateur du Programme TB/VIH, insiste sur l’importance d’une chaîne de froid stable pour certains médicaments.

« Un patient peut recevoir le bon diagnostic et la bonne prescription, mais si le médicament n’a pas été conservé correctement, il risque de ne pas obtenir le résultat thérapeutique attendu. »

Elkensy François, gestionnaire du laboratoire de l’Hôpital Saint-Nicolas de Saint-Marc, explique pour sa part que les coupures peuvent interrompre les analyses, compromettre la conservation des échantillons et des réactifs et exposer les équipements aux variations de tension. Les retards qui en résultent peuvent différer un diagnostic, une intervention ou le début d’un traitement urgent.

Le coût d’une dépendance aux génératrices

Pour maintenir leurs services malgré l’irrégularité de l’alimentation électrique, les établissements de Zanmi Lasante dépendent fortement des génératrices.

Dans les grands hôpitaux du réseau, notamment l’Hôpital Saint-Nicolas de Saint-Marc, celles-ci fonctionnent pratiquement 24 heures sur 24. Dans d’autres établissements, elles sont utilisées en moyenne au moins 14 heures par jour.

solaire

Cette utilisation intensive entraîne des dépenses qui vont bien au-delà de l’achat de carburant. Un entretien préventif doit être effectué toutes les 250 heures de fonctionnement, avec notamment la vidange de l’huile des moteurs et le remplacement des filtres. Les alternateurs, les systèmes d’injection et les courroies nécessitent également des réparations ou des remplacements.

Pour la seule année fiscale 2025-2026, Zanmi Lasante a consacré 207 347,81 USD aux kits de maintenance de ses génératrices.

Réduire leur temps de fonctionnement permettrait donc d’agir simultanément sur plusieurs postes de dépenses : consommation de carburant, maintenance et usure des équipements. Une alimentation plus stable contribuerait également à mieux protéger les appareils biomédicaux utilisés dans les établissements.

Ce que l’expérience de Mirebalais permet d’envisager

L’expérience de l’Hôpital Universitaire de Mirebalais fournit un point de référence important pour Zanmi Lasante. L’établissement a été équipé d’un système d’alimentation solaire appuyé par un important parc de batteries Tesla, conçu pour fournir une alimentation plus stable et réduire le recours aux génératrices.

Selon le Dr Ralph Blondel Charle, Directeur des Opérations de Zanmi Lasante, l’expérience acquise à Mirebalais montre qu’un tel système peut réduire d’environ 40 % la consommation de carburant des génératrices dans des conditions réelles d’exploitation.

Si un niveau de performance comparable pouvait être obtenu dans plusieurs grands établissements du réseau, les économies de carburant pourraient représenter plusieurs centaines de milliers de dollars américains par année. Cette projection reste toutefois liée aux caractéristiques et aux besoins énergétiques propres à chaque établissement.

Le Dr Wesler Lambert, Directeur Exécutif de Zanmi Lasante, a ainsi fait du déploiement de systèmes énergétiques solaires une priorité de l’exercice fiscal 2026-2027. L’objectif est à la fois de renforcer la continuité des soins et de mieux planifier les investissements énergétiques à long terme.

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Les bénéfices attendus se mesurent finalement dans le fonctionnement quotidien des services. Une alimentation électrique fiable permet à une équipe chirurgicale de poursuivre une intervention, à un laboratoire de terminer une analyse, à une pharmacie de maintenir les conditions nécessaires à la conservation des médicaments et aux équipements médicaux de fonctionner avec moins d’interruptions.

L’enjeu pour Zanmi Lasante n’est donc pas seulement de réduire une facture énergétique. Il est de diminuer une dépendance qui affecte directement la capacité des équipes à soigner.

Investir dans l’énergie solaire, lorsque les conditions techniques et financières le permettent, revient ainsi à investir dans une infrastructure dont dépendent chaque jour les soins, la sécurité des patients et le fonctionnement des établissements.