À 71 ans, Augustin Benito cherche encore à reconstruire une source de revenu

Après plusieurs années de maladie et d’arrêt de travail, ce père de famille de Lascahobas veut utiliser l’appui reçu pour relancer une petite activité de vente de pain.

9 juillet 2026

Augustin Benito a 71 ans. Originaire de Port-de-Paix, il vit à Lascahobas depuis 1997, où il s’était installé pour chercher de meilleures conditions de vie. Père de neuf enfants, dont cinq sont encore en vie, il a passé une grande partie de sa vie à travailler pour subvenir aux besoins de sa famille.

« Se pou kont mwen mwen te toujou ap goumen. Mwen pa t gen granmoun pou ede m », raconte-t-il.

Pendant plusieurs années, Augustin a travaillé comme boulanger. Il n’avait pas reçu de formation formelle dans ce métier. Il l’a appris en travaillant, au fil du temps, jusqu’à en faire son principal moyen de subsistance. Cette activité lui a permis de prendre soin de lui-même et de contribuer à l’éducation de ses enfants.

Il dit avoir toujours accordé de l’importance à son rôle de père. Malgré les difficultés, il a voulu que ses enfants puissent aller à l’école et avancer dans la vie. Mais depuis environ cinq ans, sa santé s’est dégradée. Ses limitations physiques l’empêchent aujourd’hui de travailler comme avant.

« Mwen toujou fè sa m kapab pou pitit mwen yo. Men depi m vin malad epi m vin enfim [sic], mwen pa ka sèvi yo menm jan an ankò. »

Depuis 2020, Augustin ne travaille plus. Cette perte d’activité a profondément affecté sa situation économique. Il vit seul et dépend souvent de l’aide d’autres personnes pour répondre à ses besoins les plus essentiels. Certains jours, il se réveille sans argent et doit attendre plusieurs heures avant de trouver quelque chose à manger.

Au-delà des difficultés matérielles, Augustin parle aussi du poids de la solitude. Il explique qu’il garde souvent ses problèmes pour lui, sans toujours trouver quelqu’un à qui les confier.

Pourtant, malgré son âge, la maladie et la précarité, Augustin continue de se définir par ses responsabilités. Son histoire n’est pas seulement celle d’un homme confronté à la perte de revenus et à l’isolement. C’est aussi celle d’un père qui cherche encore à rester debout et à faire quelque chose de concret avec l’appui qu’il reçoit.

FAES

C’est par l’intermédiaire d’un ami qu’il a entendu parler du projet de soutien exécuté par Zanmi Lasante à Lascahobas. Sur ses conseils, il a décidé de s’inscrire, sans être certain d’être retenu. Il explique avoir accueilli cette opportunité comme une aide importante à un moment où ses besoins étaient devenus plus difficiles à couvrir.

Dans le cadre de ce projet financé par FAES, Augustin a bénéficié d’une consultation médicale et d’un appui alimentaire. Pour lui, cette aide représente plus qu’un soutien immédiat. Elle lui donne aussi la possibilité de réfléchir à une petite activité adaptée à sa situation actuelle.

Ce qui le réjouit particulièrement, c’est la perspective de recevoir un petit capital qu’il pourra utiliser pour relancer une activité économique. Il sait que sa santé ne lui permet plus de reprendre un travail exigeant physiquement. Mais il connaît encore le pain, le commerce autour du pain, et la valeur d’une activité simple qui peut générer un revenu régulier.

« Mwen pral fè komès. Se pen mwen pral vann. »

Pour Augustin, l’objectif n’est pas de dépenser l’argent rapidement, mais de l’utiliser comme point de départ. Il veut créer une petite source de revenu qui puisse l’aider à répondre à ses besoins quotidiens avec plus d’autonomie. Il évoque aussi la possibilité, plus tard, d’acheter une chèvre ou un cochon, si son activité lui permet d’épargner un peu.

Cet appui ne mettra pas fin à toutes ses difficultés. Augustin reste confronté à des problèmes de santé, à l’isolement et à une situation économique fragile. Mais il y voit une occasion de reprendre une part de contrôle sur sa vie quotidienne. À son âge, il ne cherche pas à tout recommencer. Il cherche à continuer, avec les moyens dont il dispose.

Son message aux autres pères reste lié à son propre parcours. Pour lui, la responsabilité parentale demeure importante, même lorsque les conditions de vie sont difficiles. Il rappelle qu’un père doit continuer à chercher ce qu’il peut faire pour ses enfants, dans la mesure de ses capacités.

Augustin montre que le soutien social peut ouvrir une possibilité concrète lorsque la maladie, l’âge et la précarité limitent les options. Pour lui, vendre du pain n’est pas seulement une idée de commerce. C’est une manière de rester actif, utile et digne malgré les limites imposées par sa situation.


Pour Augustin, cet appui ne résout pas tout. Il lui permet toutefois de reprendre une petite activité adaptée à ses capacités et de retrouver un peu plus d’autonomie dans sa vie quotidienne.